
Interview croisée – Isabelle HAMELIN (Cahpp) & Dr Maryvonne HOURMANT
Isabelle HAMELIN – Cahpp
La dialyse est une activité de soins indispensable mais particulièrement consommatrice de ressources. Quels sont aujourd’hui les principaux postes d’impact carbone de la dialyse ?
Dr Maryvonne HOURMANT – Néphrologue, groupe Néphrologie Verte
Une étude récente montre que l’empreinte carbone d’un patient en hémodialyse est d’environ 7,4 tonnes de CO₂ équivalent par an. Les deux principaux postes d’émissions sont très clairement le transport des patients entre leur domicile et le centre de dialyse, ainsi que les consommables utilisés lors des séances.
Ces résultats sont aujourd’hui bien documentés et constituent une base solide pour engager des actions ciblées et efficaces.
Isabelle HAMELIN
Justement, lorsqu’un établissement souhaite s’engager dans une démarche de dialyse verte, quels sont les principaux freins rencontrés ?
Dr Maryvonne HOURMANT
Les freins sont de plusieurs ordres. Certains sont organisationnels, d’autres financiers ou humains.
Au sein du groupe Néphrologie Verte, nous avons publié en 2023 un guide de bonnes pratiques qui propose des actions classées en trois niveaux :
- Des actions simples, essentiellement des changements de comportement, facilement déployables et avec des résultats visibles rapidement ;
- Des actions intermédiaires, nécessitant davantage de coordination, de temps et parfois un investissement en ressources humaines ;
- Des actions structurelles lourdes, comme la rénovation énergétique des bâtiments ou l’installation de panneaux photovoltaïques, plus coûteuses mais aussi celles dont l’impact environnemental est le plus significatif.
Un message important à faire passer est que ces investissements, même lourds, sont souvent rentables à long terme, tant sur le plan économique qu’environnemental.
Isabelle HAMELIN
Comment ce guide de la dialyse verte a-t-il été accueilli par les établissements de santé en France ?
Dr Maryvonne HOURMANT
Après une phase de lancement un peu discrète, le guide a progressivement trouvé son public. Des réunions régionales ont été organisées, réunissant parfois plus de 100 à 170 participants, avec une forte mobilisation pluriprofessionnelle : néphrologues, infirmiers, directions, personnels administratifs.
Aujourd’hui, même s’il est difficile de disposer de chiffres précis, nous savons que les recommandations du guide sont effectivement mises en œuvre, notamment grâce au relais des conseillers en transition énergétique et écologique dans les hôpitaux.
Isabelle HAMELIN
Ce référentiel a-t-il vocation à dépasser le cadre français ?
Dr Maryvonne HOURMANT
Tout à fait. Très rapidement après sa publication, le guide a été traduit en anglais et diffusé via la société européenne de néphrologie (ERA).
Depuis, plusieurs pays ont demandé l’autorisation de le traduire : le Portugal, la Suisse germanophone, la Turquie, entre autres.
Nous avons également développé un éco-score de la dialyse, construit à partir des actions du guide. Il permet à chaque structure de réaliser un diagnostic initial, puis de mesurer ses progrès dans le temps. Cet outil est gratuit, simple d’utilisation et adaptable aux réglementations nationales, tout en s’appuyant sur un socle commun européen.
Isabelle HAMELIN
Existe-t-il des retours d’expérience concrets d’établissements engagés dans cette démarche ?
Dr Maryvonne HOURMANT
Oui, plusieurs structures sont particulièrement avancées. On peut citer par exemple l’ECHO de Nantes, très actif dans le suivi de son empreinte carbone, ou encore Artic 42 à Saint-Étienne, pionnier sur ces sujets.
Les associations à but non lucratif sont souvent plus agiles pour mesurer précisément leurs consommations d’eau et d’énergie, ce qui facilite l’évaluation des actions mises en place.
Les études récentes montrent que les leviers les plus efficaces sont :
- Le transport des patients, notamment via le développement du covoiturage, déjà largement pratiqué dans d’autres pays européens ;
- La production d’énergie renouvelable, en particulier grâce aux panneaux photovoltaïques ;
- La dialyse incrémentale, qui consiste à débuter la dialyse de manière progressive (par exemple deux séances par semaine lorsque l’état du patient le permet), avec un gain écologique majeur tout en restant médicalement pertinent.
Isabelle HAMELIN
Un dernier message à destination des établissements de santé ?
Dr Maryvonne HOURMANT
La dialyse verte n’est pas une contrainte supplémentaire : c’est une opportunité d’amélioration globale, au service de l’environnement, de la soutenabilité du système de santé et, surtout, de la qualité de vie des patients.
Les solutions existent, elles sont documentées, mesurables et adaptables à chaque structure.
👉 Un webinaire Cahpp dédié à la dialyse verte se tiendra le 17 mars, afin de présenter le référentiel, l’éco-score et les retours d’expérience aux établissements de santé adhérents.
Inscription : https://events.teams.microsoft.com/event/f61290bd-4087-4caf-8c0e-fc892fb1b4e4@42b817e4-56cd-4f1c-b8f4-ac9feb4a69e4

























